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La confrérie des charitables de Saint-Eloi de BEUVRY : Chapitre 2 - Naissance de la confrérie


Au cours des siècles, de nombreuses maladies ont battu de tristes records dans la mortalité de nos communes : lèpre, malaria, typhus, peste, etc...Les conditions d'hygiène étaient rudimentaires, et la médecine inexistante. Toute la région présentait de grandes surfaces marécageuses aptes à favoriser l'éclosion de mouches, moustiques, rats, puces... mais la ville de Béthune, comprenant de nombreux marchés, voyait des commerçants vendre des marchandises provenant du Moyen-Orient par des bateaux en escale à Calais ou Boulogne : tapis, soie, épices, parfums...or ces bateaux ont toujours eu des rats dans leurs cales, rats qui portaient les puces, vecteurs de la peste, maladie latente au Moyen-Orient.

Etait-ce la peste, voire la peste noire, qui, en 1187, va étendre ses ravages sur ,notre région ? Difficile à affirmer, car, selon le Docteur Bourgeois, les registres des hôpitaux de Béthune ne signalent pas de peste en 1187 et1188. De même, il semble, d'après les divers récits, que le gros bétail ait été atteint, alors que la peste ne frappe que les petits animaux de basse-cour ? Par ailleurs, la lettre de Pierre de Nogent, datée du 26 Octobre 1317,(ce parchemin est classé aux Archives Départementales du Pas-de-Calais, à Dainville-62) ne parle pas de "peste" :

"Etablis une charité et une chandelle en mon nom, laquelle chandelle guérira les malades et les animaux atteints de la "maladie" que je puis guérir, pourvu qu'on m'accorde confiance".

Il est donc difficile d'affirmer le nom exact de cette maladie, et le Docteur Bourgeois avance qu'il faut être très prudent avec le mot "peste",car ce mot venant du latin " pestis " ne spécifie pas pour autant un microbe ou un virus particulier. Le terme "pestis" s'applique donc à toute maladie létale et contagieuse!

Nous sommes au Moyen-Age, sous le règne de Philippe-Auguste, le nord de la France et une partie de la Belgique actuelle dépendent des Comtes d'Artois, vassaux des Ducs de Bourgogne, alliés aux Anglais ... pour lutter contre le roi de France. La lettre de Pierre de Nogent se poursuit ainsi:

"Il y avait à Beuvry un fèvre (du latin "faber":forgeron) nommé Germon qui était un homme de très bon jugement. Il avait pour notre Saint une telle dévotion que, celui-ci lui apparaissant à plusieurs reprises en son sommeil lui suggéra la pensée et le désir d'aller parler au forgeron de St-pry, au faubourg de Béthune, nommé Waulthier (ou Gauthier), et de lui révéler ce que le béni confesseur Saint-Eloi lui disait au cours de ces visions."

Le 21 septembre 1188,la Confrérie des Charitables de St-Eloi de Beuvry était née, et se mettait à l’œuvre sans tarder. Germon avait sa forge à mi-chemin entre le centre de Beuvry et le hameau qui entourait la Prévôté de Gorre. La rue porte toujours son nom. A partir de cette date, Germon et tous, les volontaires de Beuvry décidés à l'aider vont entreprendre d'enterrer tous les défunts, sans oublier le bétail que l'on enterre sur place. Beuvry est une grande Commune, et il faut porter les défunts à l'Eglise et au cimetière;or, quelque soit le temps, l'habitation la plus écartée de l'Eglise se trouve à 7 kilomètres !! Certains défunts sont morts depuis plusieurs jours, abandonnés de tous ! Les Charitables sans masque et sans gants, mettent des feuilles de choux dans leurs mains, et roulent les corps dans de
la paille.(si les Charitables portent toujours des gants, c'est pour faire mémoire des feuilles de choux).

Le cortège funèbre s'organise vite, car il est nécessaire d'éradiquer rapidement la contagion. Deux règles de l'époque sont à respecter impérativement dans tout le Nord de la France :

-a) la population doit être avertie du passage du convoi pour se mettre à l'abri et fermer portes et fenêtres. Un confrère, appelé "massier" doit taper le sol avec une "masse",canne très lourde, donc bruyante, mais qui s'est vite révélée trop silencieuse, et la masse fut remplacée par une cloche que le massier faisait tinter tout au long du parcours.

-b) les Charitables ayant touché les corps contagieux doivent se signaler en permanence au public qu'ils côtoient. Un édit leur impose de porter tout le temps une " blanche vergue ", c'est-à-dire une baguette blanche, faite en bois de coudrier écorcé pour paraître encore plus blanche. Lorsque les Charitables constateront enfin que l'épidémie est terminée, ils surmonteront, en signe de victoire, leur baguette d'un petit bouquet composé de buis, de thym et de quelques fleurs. (le buis est celui béni aux Rameaux ; le thym, plante médicinale pour écarter les microbes ; les fleurs pour dissiper les odeurs).

Historiquement, Beuvry ne commence à être connue par sa Prévôté de Gorre, proche de la forge de Germon, c'est-à-dire seulement à partir de 1135.La création de la Confrérie va attirer beaucoup de pélerins, car Germon et Gaulthier ont construit la toute première Chapelle à Beuvry, au lieu de leur rencontre ; cette Chapelle, construite au lieu-dit "Quinty", va devenir un lieu sacré, construite près d'un puits artésien, et appelée "source de Quinty" où les pèlerins iront s'abreuver, tout en croquant les navets prélevés dans les champs voisins:

« Ce ne furent plus seulement les fidèles des alentours de Beuvry qui s'enrôlèrent dans la Confrérie de Saint-Eloi. Il s'en présenta de France, d'Angleterre, d'Italie et d'Allemagne, aussi bien que d'Espagne et des Pays-Bas. Pour ne citer qu'un exemple, les actes mémoriaux font foi que, durant une partie de l'année 1669 et les deux années précédentes, l'on a inscrit sur les registres de la Confrérie plus de 55 mille associés nouveaux. On y voit figurer, non seulement des moines et des prêtres, mais des dignitaires religieux ou ecclésiastiques de tout grade et jusqu'à des évêques; on y compte non-seulement des artisans et des bourgeois, mais des nobles de tout titre et jusqu'à des princes »

(Extrait du "Manuel de la Confrérie de Saint-Eloi de Beuvry" -Chap.II.page 22.Edit.du 22/10/1859). "

 
Chapitre 1 - La véritable origine


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